Nous entendons souvent dire que la curiosité est un vilain défaut, cependant elle est peut-être la
meilleure qualité d’un journaliste. C’est grâce à celle-ci que j’ai découvert la culture Gopniks que je
vais vous faire découvrir aujourd’hui.
Le 25 décembre 1991, le drapeau rouge orné de la faucille et du marteau est baissé pour la dernière
fois. L’URSS est totalement dissoute et s’ensuit une forte pauvreté (s’ajoutant au gouffre
économique déjà creusé par l’Union soviétique) pour l’émergente Fédération de Russie. Cette crise
économique va cependant devenir le terrain fertile d’une sous-culture.
Effectivement, je me suis interrogée lorsque j’ai vu une multitude de photographies représentant de
jeunes personnes, en squat, souvent le crâne rasé pour les hommes, en bas de vieux immeubles postsoviétiques. Cette population juvénile, est issue, et représente la faible éducation et la délinquance régnant dans les ex pays soviétiques. Ils se désignent sous les termes « gopniks » ou « gopnistas » pour les femmes. Ce mot, plutôt rustre, trouve son origine dans l’abréviation de « GOP » qui fait référence à « la société d’État des prisons de Saint-Pétersbourg ». Une ancienne institution pour jeunes délinquants, afin de les encadrer puis de les insérer de nouveau dans la société.
Une apparence de voyou à laquelle s’ajoute l’image d’Adidas
Cet héritage culturel fait désormais partie de la singularité des Gopniks, ils adoptent une attitude de
voyous, dans un premier temps par leur posture. Vous retrouverez effectivement, souvent ces russes
en position de squat, écho à la position que devaient adopter les anciens détenus soviétiques qui
n’avaient pas d’endroits propres où s’asseoir dans leurs cellules. Ces individus sont souvent désignés
comme les parasites de la nouvelle société russe qui les contraint à entrer dans l’oisiveté et la
criminalité, s’ajoutant pour la plupart à une situation de chômage. Ainsi, vous verrez souvent un
Gopnik à son état naturel toujours en squat, accompagné d’une canette de bière (qui peut malgré
tout rendre le squat moins stable).
Un autre trait distinctif des Gopniks est l’obsession pour la marque allemande Adidas.
Effectivement, les trois bandes ont été récupérées par les classes défavorisées des pays de l’Est,
lorsque Bernard Tapie (homme d’affaire français) a racheté la marque.
L’entrepreneur lui donne un coup de jeune en changeant le logo, passant d’un lotus à celui bien
reconnaissable que nous connaissons. Afin d’écouler l’ancien stock, il brade les prix en Europe de
l’est. Mais l’histoire entre Adidas et la Russie ne commence pas là. Cela peut sembler étrange mais
la marque a longtemps été un symbole de richesse dans les pays soviétiques.
A l’été 1980, les jeux olympiques prennent place à Moscou mais un retard technologique important
frappe l’état socialiste qui se retrouve démuni pour habiller ses athlètes. Pour résoudre ce manque
de savois-faire, Adidas devient le sponsor des équipes soviétiques, et devient très populaire dans
ces pays. Mais l’achat de ces vêtements était notamment réservé à une classe plutôt aisée, dû, entre
autre, aux coûts d’importation qu’ils nécessitent. C’est pourquoi lors du déstockage massif
provenant de l’Ouest, les classes moyennes s’offrent les trois bandes devenues un symbole
d’aisance économique. A Saint Pétersbourg comme à Moscou, principales villes industrielles de
Russie, les Gopniks en profitent pour se munir des meilleurs survêtements et accentuer cette identité
de rue, quand ils ne portent pas de contre-façon pour faire barrage aux multinationales. La France
noue une histoire de mode avec cette culture, puisqu’ils s’accoutrent également de bérets façon
gavroche, pour rappeler leur origine sociale. Ce style si reconnaissable est maintenant visible aux
fashion-weeks, montrant la démocratisation de cette culture qui se voulait pourtant loin du mode de
vie des occidentaux, se rapprochant trop du système capitaliste.
Un mouvement engagé contre le capitalisme et la guerre
Ce mouvement ne souhaite pas s’étendre. Il tisse un lien avec l’histoire de son pays autour d’une
oscilliation entre acceptation et rejet. Les Gopniks adoptent une philosophie dans laquelle leur
condition précaire est une identité et non un fardeau, malgré le fait qu’ils soient considérés comme
les parasites de la société capitaliste russe. Les Gopniks sont attachés à une image virile et
patriotique mais ne sont ni liés au gouvernement, ni à l’armée ni moins encore à l’économie de leur
pays. En réalité, ils entretiennent plutôt une fierté d’appartenir à un peuple qui a connu le meilleur
comme le pire dans un pays qui a commis le meilleur et le pire. Cependant, ce sentiment reste en
cohabitation avec une mélancolie post-soviétique, sans prôner l’ancien régime communiste, qui se
retrouve dans les symboles de cette culture comme la faucille et le marteau ou bien la bouteille de
vodka.
Plus récemment, le mouvement a affirmé des revendications anti-guerre face au conflit opposant
l’Ukraine et la Russie. Ce choix politique retrouve de nombreuses allusions dans des chansons
Gopniks. Effectivement, ils bénéficient d’une grande liberté d’expression car étant anti-capitalistes
ils ne travaillent pas en collaboration avec des maisons de disques, et disposent donc d’une plus
grande liberté. A l’heure de la technologie, ils font part de leurs musiques grâce à la plateforme
Youtube, pour la majeure partie, ce qui contribue à populariser encore plus le mouvement. La
hardbass (musique électro) est surtout associée à cette sous-culture. L’artiste « pumping hardbass »
a changé les miniatures de ses vidéos avec le drapeau ukrainien et le message « no war ». Je vous
laisse la curiosité de découvrir cette musique grâce à des artistes comme « HBKN » ou « dj
Blyatman » ou encore la chanson « tri paloski », se traduisant par « trois bandes » faisant référence
à leur marque favorite, Adidas. Et étonnamment le public français a une forte écoute de ce style
musical.
Ainsi, nous avons résolu le mystère de ces photographies en décryptant la culture Gopniks. Même si
aujourd’hui le mouvement a perdu en intensité on le retrouve beaucoup parodié dans la culture
populaire. C’est une culture avec une affirmation de l’aspect physique tout d’abord mais qui
contient également un fond, dans lequel l’histoire de leur pays est au centre. Les sous-cultures sont
une manière de comprendre, par un autre point de vue, les difficultés rencontrées par les habitants
d’un pays étranger au nôtre. Elles permettent de véhiculer des valeurs et normes propres à un
mouvement social, lui-même nourri par les différentes complications touchant une nation. La sous-culture des Gopniks se développe grâce (ou à cause) des problèmes d’ordre économique et social touchant la Russie mais aussi grâce à une récupération de situations passées, notamment avec l’écho aux prisonniers russes. Cependant, nous pouvons réfléchir quant à la capacité de ces sous-cultures à rester dans leurs valeurs d’origines face à la société. Effectivement, ils désirent rester à l’écart de cette dernière mais celle-ci a tendance à leur donner une image caricaturale. Cette caricature gomme la profondeur des sous-cultures à l’instar des Gopniks ou du mouvement grunge par exemple.
Mathilde A.